Ma rencontre avec Michel, un SDF polyglotte

C’est lors de mon séjour à Salvador de Bahia que j’ai rencontré Michel, un jeune SDF qui parlait plusieurs langues sans être allé à l’école.

Tout d’abord je dois dire que ce n’était pas vraiment le genre de rencontre formidable avec un local faite de partage et d’échange de point de vue. Comme cette rencontre a eu lieu il y a seulement deux jours au moment où j’écris ces lignes c’est encore frais dans ma tête. Je vais donc retranscrire cette rencontre. Une rencontre à l’image de la ville de Salvador qui m’a laissé un sentiment étrange et difficilement définissable.

Je me promenais dans le centre historique depuis peut être environ 40 minutes pour faire des photos et une petite vidéo du quartier de Pelourinho avec mon appareil photo numérique. Il était environ 17 heures et la nuit tombe à 18 heures en décembre à Salvador. Je voulais faire les photos de jour car il peut être imprudent de se balader le soir avec un appareil photo numérique dans les mains à Salvador.

Salvador de Bahia

J’avais fini de filmer et je voulais encore prendre une ou deux photos avant de rentrer. J’étais sur une grande place où il y avait un sapin de Noël. Je voulais le photographier en me disant que je pourrais faire un post Facebook avec cette photo le jour de Noël. Je venais juste de prendre une photo pas géniale et je voulais en faire une autre. Mais un mec est un arrivé vers moi en me parlant en Portugais. Il me parle d’un spectacle de capoeira qui va avoir lieu bientôt sur la place où nous nous trouvions. Puis toujours en Portugais il me dit : Tu n’es pas Brésilien ? Je répond que non et il a commencé à me parler en anglais principalement et parfois en espagnol :

Michel : Il va bientôt il y avoir un spectacle de capoeira ici

Moi : Oui j’en ai déjà vu un là-ba sur une autre place plus loin

Michel : Oui mais maintenant c’est fini là-ba. Il va en avoir un autre ici. Tu viens d’où ?

Moi : De france

Je commence à ranger mon appareil photo dans une poche de mon short par prudence car je sens le mec étrange de m’aborder comme ça pour me dire qu’il va y avoir de la capoeira. Il se met à me parler un peu en Français aussi mais surtout anglais.

Michel : Toulouse ? Marseille ?

Moi : Je viens de Paris. Tu parles Français ?

Michel : J’ai des amis Français. Ils sont venu ici, des touristes. Tu sais ici tu dois faire attention avec ta caméra. Il y a des voleurs. Tu es un touriste et après tu vas penser que les Bahianais sont de mauvaises personnes en rentrant chez toi sinon. Donc moi je te préviens, c’est un conseil. Quand il fait nuit ça devient dangereux et il ne faut pas avoir de caméra.

Moi : Oui je sais. Merci.

Michel : Comment tu t’appelles ?

Moi : Nicola et toi ?

Michel : Michel. Tu connais le carnaval de Salvador ? Quand il y a le carnaval ici sur la place il y a plein de monde. Les bus ne peuvent même plus passer dans la rue, c’est une grande fête. Tu seras ici pour le carnaval ?

Moi : Non je ne pourrais pas. Je ne peux rester que 3 mois au Brésil avec mon visa donc je ne serais pas là. Je vais à Recife après et j’irais à Manaus aussi. J’étais à Rio de Janeiro avant. C’est différent de Rio ici.

Michel : Oui c’est dangereux, les voleurs ont des couteaux. J’ai un couteau moi aussi mais c’est pour me défendre, pour me protéger. Je dors là-ba (il me montre des marches au pied d’un bâtiment). Tu comprends ?

Il me montre les cicatrices due à des coups de couteaux qu’il a sur les bras, les jambes, les mains, le visages… Il a souffert, il a sûrement faillit se faire tuer.

Moi : Qui est-ce qui t’a fait ça ?

Michel : Moi.

Là je pense à un quiproquo à cause de la langue parce que je ne crois pas qu’il ai pu se faire ça tout seul. Vu ses cicatrices je pense qu’il avait essayé de se protéger avec ses mains et ses jambes en se recroquevillant.

Michel : C’est pour ça que j’ai un couteau, pour me protéger des voleurs et de la police.

Quelques jours plus tard j’ai parlé avec un Français de mon auberge et il m’a raconté avoir vu une sorte de SDF se faire tabasser par la police. Il passait dans une rue et un flic immobilisait le SDF. Ils étaient plusieurs policiers. Les policiers ont mal regardé mon ami Français donc il a continué son chemin pour ne pas avoir de problème. Puis derrière lui il a entendu des bruits sourd de coup et le SDF qui criait. Effectivement Michel avait des raisons de vouloir se protéger de la police…

Michel : C’est un conseil que je te donne. C’est pour t’informer. Moi je ne te demande pas ton argent en échange mais j’ai besoin d’un bouteille de lait et il me manque 3 réais (Il me montre une pièce d’un réal).

Finalement il me demandait quand même de l’argent et je le voyais venir. C’est à ce moment que la rencontre commençait à devenir bizarre.

Moi : Merci pour les conseils, je fais attention. Mais je n’ai pas d’argent sur moi (ce qui était vrai). Je t’aurais donné 3 réais mais je n’ai pas d’argent.

Michel : Je ne te crois pas, tu as de l’argent.

Moi : Non.

Michel : Ecoutes Nicola. Je suis intelligent, tu es touriste et je sais que tu as de l’argent. J’ai juste besoin de 3 réais pour m’acheter du lait. Je t’ai donné des informations pour te prévenir que c’était dangereux avec ta caméra et que les voleurs ont des couteaux.

Effectivement il était intelligent. Il me disait indirectement que lui aussi avait un couteau au passage… Je l’ai regardé droit dans les yeux…

Moi : Je n’ai pas d’argent. Même quand je suis en Fance je n’ai pas forcément de l’argent sur moi. Je suis juste sorti  pour faire des photos. Je n’ai rien.

Le pire c’est que je lui aurait donné 3 réais…

Moi : Tu es souvent ici ? (Sur cette place). Parce que si je te revois je peux te donner 3 réais.

Michel : Où est ton hôtel ?

Moi : Par là-ba

Michel : On va a ton hôtel et tu me donnes 3 réais pour que j’achète du lait.

Je n’aime pas me faire forcer la main. En plus rien ne m’obligeait a lui donner de l’argent. J’aurais pu simplement partir. Mais il était dans la merde et je comprenais que ce n’était pas facile pour lui malgré sa façon de faire que je n’aimais pas. J’étais d’abord pour aller retourner à mon hôtel. A ce moment là un autre type s’approche de nous alors qu’on commençais à partir. Il veut savoir d’ou je viens. Il se présente comme étant un guide officiel en me montrant sa carte. Il ne voulait pas se faire piquer un « client » par Michel. A ce moment là j’en déduis que Michel et le guide se connaissait et que Michel devait avoir l’habitude de guider les touristes pour se faire un peu d’argent. Sur le chemin de l’hôtel on continu à parler. Puisque je vais lui donner de l’argent autant qu’il y ait un minimum d’échange être nous.

Moi : Tu sais j’ai l’impression que ça ne te plait pas de voir les touristes dans ta ville alors que la vie est difficile pour toi.

Michel : Oui… Les touristes ont de l’argent. Ils doivent nous respecter, c’est normal. Sinon ce n’est pas bien.

Moi : Il y a beaucoup de touristes mais ici les gens sont pauvres. ça doit être difficile à supporter. Tu as quel âge ?

Michel : 22 ans et toi ?

Moi : 25 ans.

Michel : Tu joues au foot ?

Moi : Non pas vraiment mais j’aime bien, je supporte le Paris Saint-Germain. Tu joues au foot toi ?

Michel : Oui je joues. Ils y a des bons joueurs Français. J’aime bien Trezeguet !

Moi : Ah oui ? C’était il y a longtemps maintenant. Il y a Lucas qui joue à Paris. (C’est un joueur populaire au Brésil, on m’en a souvent parlé pendant mon voyage mais Michel n’a pas réagit comme s’il ne le connaissait pas).

Michel : Il y a Zidane aussi.

Moi : Oui Zidane c’est sûr !

Je pense que s’il le connait pas Lucas c’est qu’il vit dans la rue, il n’a pas la télé. Les joueurs Français qu’il connait sont les joueurs qu’ils a du voir quand il était enfant. Il doit vivre dans la rue depuis un moment. On arrive vers l’hôtel. Je lui dit que l’hôtel est pas loin et que j’en ai pour 5 minutes. Il préfère ne pas venir jusqu’à l’hôtel. Peut être parce qu’il y a des policiers juste à côté de celui-ci je pense. Je vais dans mon hôtel et je prends juste 5 réais, puis je range mon appareil photo numérique. Je ressors et je le rejoins.

Moi : C’est parce qu’il y a la police que tu ne voulais pas venir jusqu’à l’hôtel ? Tu as peur de la police ?

Michel : Non, tout le monde me connait ici.

Moi : Tu sais s’il y a un supermarché dans le coin ? Je n’en ai pas trouvé.

Michel : Oui il en a un je peux te le montrer c’est pas loin. Les pour les gens d’ici, il n’y a pas de touriste.

Moi : oui je veux bien voir où il est.

Michel : C’est pour acheter quoi ? Du savon ?

Moi : Non, c’est pour acheter à manger. Il n’y a que des petites boutiques et c’est cher.

On passe devant une sorte de bar avec des tables et des chaises en plastique dehors et il y a de la musique. La chanson dit à un moment « Amigos… ». Michel se tourne vers moi avec un sourire, en dansant un peu et me dit :

Michel : Amigos ! Tu connais cette musique ?

Moi : Non je ne connais pas, c’est quoi ? ça ressemble à du reggaeton.

Michel : C’est pas du raggaeton. (Il me dit le nom de la musique mais je ne l’ai pas retenu).

Moi : Comment tu as appris à parler anglais, français… ?

Michel : Je suis intelligent, j’écoute les touristes dans la rue. Tu parles allemand ?

Moi : Non (Je pense qu’il devait aussi un peu parler allemand).

On arrive dans une rue et on s’arrête devant un barbier/coiffeur. Il y avait deux types dedans.

Michel : Ici tu peux te couper les cheveux, la barbe…

Moi : Ok.

On continu quelques mètres plus loin devant une épicerie toute petite (c’était ça son « supermarché »). Un des deux mecs du coiffeur nous rattrape et parlent en Portugais à Michel de manière assez agressive. Sa posture physique était agressive aussi. Il me semble qu’ils ont parlé d’argent. Michel me dit de le suivre, on rentre dans l’épicerie mais le mec de chez le coiffeur attend à la sortie. C’était bizarre…

Michel : Voilà ici tu peux acheter à manger (il me montre les étalage et il n’y avait vraiment pas grand chose).

Moi : C’est petit ici il n’y a pas beaucoup de chose, je cherchais un supermarché, quelque chose de plus grand.

Là Michel me reparle de sa bouteille de lait. Je lui donne les 5 réais que j’avais dans ma poche.

Michel : Le lait coûte 7,5 réais, achètes-moi la bouteille.

Moi : Je n’ai que 5 réais.

Michel : C’est pas assez la bouteille est à 5 réais.

Moi : Tu m’avais demandé 3 réais tout à l’heure et je te donne 5 réais. Je ne peux pas te donner plus.

Michel : Si tu peux.

Moi : Non j’ai que 5 réais.

Michel : Tu as de l’argent (il me tend les 5 réais), reprend les 5 réais. Le lait est à 7,5 réais.

Moi : Non garde les, je te les donne. Mais tu m’avais demandé 3 réais.

Michel : Nicola… Tu as de l’argent. Le mec dehors c’est un voleur et il a un couteau. Mais si je suis avec toi il ne va rien te faire. Achètes-moi juste du lait et on s’en va.

Moi : Je n’ai pas d’argent. J’ai juste 5. Je suis retourné à l’hôtel et j’ai laissé la caméra là-ba (je lui montre mes poches vides).

Michel : Tu es retourné à l’hôtel et tu n’as pas pris d’argent… E stupido !

Il avait l’air énervé. 10 minutes avant on parlait tranquillement et il avait tilté en entendant « Amigos » dans une musique… Il me dit de suivre. On sort de l’épicerie. On marche un peu…

Moi : C’était qui ce mec ?

Michel : Un voleur avec un couteau pour te voler.

Moi : Un voleur ? Non…

Michel : Tsss…

 

Il ne m’a pas semblé que le « voleur » en avait après moi, il ne me regardait pas moi mais c’est Michel qu’il regardait. Il devait il y avoir une histoire d’argent entre eux je pense. Mais le mec ne me regardait même pas quand il parlait l’air énervé à Michel. Son agressivité ne m’était pas destinée. Mais Michel s’en ait servit pour me mettre un coup de pression à mon avis.

On traverse une rue principale. Je me demande où il veut aller et mon instinct me dit que c’est sûrement le moment de rentrer à l’hôtel parce que mon « ami » Michel est très lunatic… Et équipé d’un couteau comme il me l’avait dit plus tôt. Il me dit de le suivre à l’entrée d’une ruelle sombre, étroite et déserte… La nuit était tombé entre temps et il était plus de 18 heures.

Moi : Tu vas où ?

Michel : ça va vers Pelourinho (mais je savais que mon hôtel n’était pas dans cette direction).

Moi : Michel, tout à l’heure tu m’avais demandé 3 réais et je t’en ai donné 5. (Je mets ma main sur son épaule) Merci pour ton aide mais je vais rentrer à mon hôtel.

A ce moment là il dit quelque chose en Portugais sans se retourné et il part. Je l’ai senti à la fois en colère et déçu. Je suis rentré à mon hôtel

Ce fut une « drôle » de rencontre ! J’ai vraiment senti à la fin qu’il aurait été près à me menacer plus physiquement qu’en parole. Il n’était pas con et il préférait sûrement obtenir de l’argent intelligemment mais il supportait vraiment mal les touristes. A un moment je lui ai demandé ce qu’il connaissait de la France et il m’a répondu qu’en France les gens sont riches. Au Brésil tout ce qui a un nom Français (un produit, une boutique, une résidence pour riche gardé par des vigiles…) est cher ! Ce qui est Français est synonyme de luxe et de raffinement. ça ne m’étonne pas que Michel pensait que j’avais de l’argent. En même temps comment le contre dire ? Sa situation est terriblement difficile et ma vie est enviable de son point de vue. Est-ce que pousser par la faim il n’aurait pas pu me menacer avec son couteau dans cette ruelle sombre ? Si j’y ai pensé il a du y penser aussi…

Cette rencontre est finalement très étrange et elle est venue confirmer mon impression bizarre sur la ville de Salvador.

 

6 réflexions sur “Ma rencontre avec Michel, un SDF polyglotte

  1. L’impression qui ressort de ton histoire est inquiétante, seulement en te lisant on sent que Salvador toute entière est une ville dangereuse et que les gens sont prêts à n’importe quoi pour obtenir ce qu’ils veulent d’où les policiers qui surveillent et maintiennent l’ordre sinon je pense que cette ville serait un vrai coupe gorge, franchement ça fait peur. Je suis contente que tu ais eu l’intelligence de ne pas poursuivre plus loin ton échanger avec ce Michel et que tu quittes les lieux car rien ne dit qu’un autre jour tu ne serais pas tombé dans un guet-apens que ce soit avec Michel qui me semble être redoutable à travers ma lecture, ou d’autres personnes mal intentionnées comme je pense qu’il y a en beaucoup à Salvador, c’est dommage de voir une telle insécurité dans un pays comme le Brésil, même si je comprends que selon les villes les gens souffrent de la pauvreté, mais quand même ça ne justifie pas d’aller jusqu’à une agression physique qui peut très mal tourner hélas.

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  3. La faim justifie les moyens ?
    Au brésil surement, surtout quand la police ne se distingue guère des voleurs, et où statut social rime avec pot de vin.

    Je m’attendais à pire avant de lire ce post, tant mieux.
    Bon voyage voyageur

    Aimé par 1 personne

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