Être noir à Buenos Aires

Je suis blanc et ma copine est noire. Dès notre premier jour ici nous avons découvert une facette de l’Argentine que nous ne soupçonnions pas. Nous avons pris conscience de ce que c’est d’être noir à Buenos Aires.

La manière d’écrire un tel article peut être compliquée et je ne peux évidement pas être neutre sur ce sujet mais je vais tenter d’être le plus objectif possible. Le racisme, la xénophobie et la peur existe partout dans le monde. L’inconnu étonne dans le meilleur des cas mais ce que l’on ne connait pas effraye le plus souvent…

Lors de notre arrivée à l’aéroport de Buenos Aires nous étions assez lourdement chargés avec nos sacs à dos de randonnée et sacs à dos Eastpak. Nous faisions vraiment touriste et nous ne pouvions pas passer inaperçu. Après avoir fait le trajet depuis l’aéroport Ezeiza jusqu’au centre ville de Buenos Aires nous devions nous rendre à notre auberge. Nous avons remarqué les regards des gens mais nous pensions que c’était due  à nos gros sacs à dos. Une fois à l’auberge nous avons pris une bonne douche et nous avons déposé nos affaires.

Nous sommes ensuite allés nous balader pour chercher quelque chose à manger. Dès les premières minutes nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas nos sacs à dos qui attiraient le regard des gens. Nous savions qu’il y avait très peu de noirs en Argentine (entre 1% et 3% de la population seulement) mais nous ne nous attendions pas à ce qui allait suivre.

 

Le choc des cultures

Nous nous sommes dirigés vers un quartier animé et touristique de Buenos Aires. Au fur et à mesure que nous marchions les regards furent de plus en plus oppressants et nous primes conscience du fait que nous ne pouvions pas être anonyme ici. La quasi totalité des gens nous regardaient lorsque nous les croisions dans la rue et ce fut un choc. Etre noir à Buenos Aires c’est comme être une bête de foire. Ces mots ne sont malheureusement pas une amplification de la réalité.

Bien évidement, tous le monde à Buenos Aires ne peut pas être raciste. Il y a quelques noirs dans la capitale mais ce sont principalement des hommes donc une femme noire surprend d’autant plus. Car oui, il s’agit le plus souvent de surprise, d’étonnement et non de racisme. Mais cet étonnement est insistant, désagréable, le regard est soutenu même quand la personne voit bien que son regard nous gêne. Cela ne leur pose pas de problème parce qu’ils ne considèrent pas les noirs comme leur égaux ? Je me pose la question…

 

L’histoire oubliée de l’Argentine

Après l’abolition de l’esclavage, les noirs tout comme les peuples Amérindiens, furent massacrés ou chassés du pays. La vague d’immigration Italienne surtout et Européenne d’une manière générale à renouvelé la population du pays. Les gens ont oublié ou alors ne veulent pas voir une partie de leur histoire. L’Argentine est l’équivalent de l’Afrique du sud. Cette vision nous a été confirmée par un Equatorien et un Peruvien ayant voyagé dans toute l’Amérique du sud.

Il y a donc majoritairement des blancs à Buenos Aires qui sont d’origine Européenne (Italien et Espagnol principalement) mais il y a aussi une immigration Bolivienne. Les Boliviens sont ici perçu comme le sont les roumains en France. Ils survivent plus qu’autre chose en vivant dans la rue, en fouillant les poubelles et en netoyant les vitres des voitures au feu rouge.

Mais puisque les Boliviens eux-même nous regardent mal je vous laisse imaginer ce que c’est d’être noir à Buenos Aires… Parfois les regards sont suivis de remarques comme « chocolate », « beurk » ou d’autres remarques que je ne comprends pas toujours mais dont on peut ressentir la teneur. Comme lorsqu’un homme d’un air énervé passe devant nous en voiture, la tête à l’extérieur, en vociférant quelque chose arrivé à notre niveau dont je n’ai pu comprendre que « negra… ».

 

Être noir à Buenos Aires c’est un peu comme être une star ?

En tout cas être noir à Buenos Aires c’est ne pas passer inaperçu lorsque l’on marche dans la rue. Un peu comme s’il s’agissait d’une célébrité les gens vous dévisagent. Certains ont la bouche grande ouverte et ne peuvent détourner leur regard captivés par le spectacle qui s’offre à eux. D’autres vont vous regarder une première fois, puis une deuxième fois pour être bien sûr… reprendre leur chemin puis se retourner à nouveau pour vous regarder une dernière fois comme pour bien s’en souvenir. Ils ne reverront peut être pas de si tôt un blanc et une noire formant un couple dans les rues de Buenos Aires.

Un autre exemple mettant bien en évidence la « popularité » de la femme noire à Buenos Aires peut être le moment où nous avons aperçu les joueurs de Boca Junior. C’est le club de football le plus populaire du pays et un des plus fameux d’Amérique du sud. Les joueurs sont idolâtrés tellement la passion des Argentins pour ce club est grande. Nous marchions dans la rue quand nous fumes interpellés par le passage du bus de l’équipe de Boca Junior escorté par la police. Comme tous le monde nous regardions les joueurs dont certains d’entre eux nous regardaient également. Un des joueurs à même fait un coucou de la main à ma copine. Cette anecdote illustre bien le sentiment de perte d’anonymat que nous ressentons ici.

 

Une prise de recul est nécessaire mais est-ce suffisant ?

La ville nous est donc globalement hostile. Nous en avons parlé avec d’autres voyageurs de l’auberge. Les voyageurs Européens sont assez optimistes et selon eux c’est de la surprise et non du racisme. Ils nous ont conseillé de prendre du recul et de voir comment cela évolue au fils des jours. Mais malgré ça l’impression reste la même, nous faisons tâche ici. Nous en avons parlé à un voyageur Equatorien et il n’a pas cherché à contre-dire notre impression. Cela me fait penser que lui sait tout simplement ce que nous pouvons ressentir. De l’extérieur c’est très difficile de s’en rendre compte, surtout pour des Européens ayant fait de belles rencontres avec une population Argentine accueillante. Nous avons nous même rencontré plusieurs Argentins qui n’avaient aucune appréhension vis-à-vis de nous et nous avons apprécié nos échanges avec eux. Cependant nous ne nous rendrons pas en Uruguay qui est considéré par les Argentins comme étant une province de leur propre pays.

Chaque personne est unique, chaque peuple a sa culture et chaque pays a sa propre histoire quelque soit la manière de la raconter. Si nous voyageons c’est aussi pour apprendre sur le monde et sur nous même. En ce sens nous avons beaucoup appris à Buenos Aires. Nous comprenons aussi mieux maintenant la richesse culturelle que nous avons en France. Nous parvenons a vivre ensemble malgré toutes nos cultures, origines et religions différentes. Tout n’y est pas parfait mais ce qui s’y passe est assez exceptionnel. Il faut parfois s’éloigner de la France pour s’en rendre compte.

 

Je terminerais par une citation de James Baldwin illustrant bien notre ressenti sur ce que c’est d’être noir à Buenos Aires. Les propos peuvent sembler dur mais la réalité l’est tout autant.

« Les gens nous regardent comme si nous étions des zèbres. Et vous savez, il y a des gens qui ont de la sympathie pour les zèbres et d’autres non. Mais personne ne traite les zèbres comme des personnes.. »

Être noir à Buenos Aires

13 réflexions sur “Être noir à Buenos Aires

  1. Ce constat m’afflige, me sidère et en même temps me rend triste vis à vis de pays comme l’Argentine qui pourtant se sont construits avec une majorité d’immigrés de tous pays. Lire à travers ce récit qu’il y a si peu de tolérance alors que nous somme au 21ème siècle me laisse penser que leur mentalité et leur état d’esprit est très arriéré. Devant ce constat on ne peut que se rebeller, être en colère……….. Ce genre de voyage est formateur, enrichissant tant sur le plan négatif que positif mais nous rappelle que l’endroit où l’on vit en l’occurrence la France que malgré tout les désagréments que la vie peut apporter en fonction du parcours de chacun qu’il y fait bon vivre malgré tout………..J’espère que les autres pays qui seront visités auront l’esprit ouvert à la différence à l’échange à la tolérence envers tous ce qu’ils ne connaissent pas

    Aimé par 1 personne

    • Nicola mi experiencia en Argentina como persona de color ha sido muy similar, para el Argentino no es común ver mujeres de color o rasgos exóticos. Para ellos es una novedad ver parejas de rasgos notablemente diferenciados. Por mi parte, he recibido muchos elogios y miradas siempre, como si fuera una especie de artista jajaja. Estoy muy segura que ustedes dos al igual que a mí, en países donde nos diferenciamos del común de la gente, llamaremos la atención de una u otra forma. Creo que en general, las relaciones entre personas de rasgos diferenciados siempre llamarán la atencion. Mi percepción al parecer a tu novia le dieron más elogios que ofensas. Pues el hombre argentino es demasiado expresivo al ver una mujer, siempre dice expresiones de elogio hacia la mujer. Ustedes dos son una linda pareja y se notará en cualquier parte donde vayan. Un abrazo.

      Nicola mon expérience en Argentine en tant que personne de couleur est très semblable à l’Argentine est pas rare de voir des femmes de couleur et les caractéristiques exotiques. Pour eux, il est une nouveauté de voir des couples nettement des caractéristiques différentes. Pour ma part, je l’ai reçu beaucoup de compliments et a toujours l’air comme si elle était un genre d’artiste jajaja. Je suis sûr que chacun de vous comme moi, dans les pays où nous différons des gens ordinaires, nous appelons l’attention d’une manière ou d’une autre. Je pense qu’en général, les relations entre les personnes de différentes caractéristiques appellent toujours l’attention. Ma perception semble que votre petite amie a donné plus de compliments que les insultes. Pour l’homme argentin, est trop expressif de voir une femme dit toujours expressions de louange pour les femmes. Vous êtes tous les deux un joli couple et d’être remarqué partout où ils vont. Une étreinte.

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      • Hola Gladys. Es la verdad que es una novedad de ver rasgos diferenciados y particulamente en Argentina pienso. Es tambien un poco complicado en Francia pero menos que en Argentina o incluso en Brasil. Esta experiencia tambien nos enseña cosas sobre nosotros. Pienso que no podemos occultar que hay racismo y no solamemte curiosidad. Comparado a la Francia puedo sentir que hay mas racismo en Argentina entonces estaba difficil de andar en la calle normalmemte durante la jornada. Pero comprendo la sorpresa de un pueblo que no es acostumbrado a ver un rasgo como el nuestro. Gracias mucho por tu punto de vista y tu pasaje sobre mi blog 🙂 Un abrazo

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  5. je crois bien que tu t’es pressé d’écrire ce blog, certes le peuple en général est surpris de voir un couple mixte dans les rues, mais ça ne va pas plus loin que ça, j’ai des amis qui se sont installés à buenos aires et qui ont eu des enfants métisses et ça se passe hyper bien.
    moi même (argentin) je pense rentrer au pays avec ma femme (africaine) et notre fils (metisse, bien sur)
    bien évidement il peut y avoir des racistes (comme partout dans le monde) mais ils sont une toute petite minorité, je suis sur que vous n’avez eu aucun problème pendant tout votre séjour.
    vous auriez dû aller en uruguay, il y a beaucoup de noirs contrairement à l’argentine, et je sais pas qui a pu vous dire qu’on les considère comme un province à nous!!! très loin de là, même si on a un passé commun.
    du courage pour la suite 😉

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    • Bonsoir Sam,

      Je t’assure que je ne me suis pas pressé en écrivant cet article et j’ai pesé mes mots sur un sujet aussi sérieux.
      Ce sont des argentins qui m’ont dit ça sur l’Uruguay. Après l’avis de certains n’est pas forcément représentatif de la réalité.

      Par contre ce que je raconte dans cet article est la réalité que j’ai vécu. Je n’en rajoute pas et je ne dis pas tout non plus. Mais il y a eu beaucoup d’insultes et de gestes deplacés même au Brésil un pays qu’on imagine très métissé.

      Dans mon auberge de Buenos Aires il y avait un argentin d’une quarantaine d’année. Son ex femme est noire. Avec elle ils ont préférés vivre au Brésil car il m’à dit que ce n’était pas facile en Argentine.

      Je ne cherche pas à dénigrer qui que ce soit crois moi. Mais je ne peux pas non plus ne rien dire en ayant vécu cela.

      Je pense que mon anecdote sur le bus des joueurs de la Boca en dit long sur ce qu’on peut ressentir quand on est noir à Buenos Aires.

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  6. Bonjour Nicolas,

    Je suis l’auteur de la première photo utilisée dans le corps de texte de cet article. En voici le contexte d’origine: http://www.rfi.fr/mfi/20140815-argentine-buenos-aires-afro-argentin-noir-immigration-histoire-esclavage-tango-afrique

    Je dois malheureusement vous demander de retirer cette photo de votre texte, pour deux raisons: d’abord parce qu’elle n’est pas libre de droit, ce qui est une justification suffisante, et ensuite parce qu’elle est sortie de son contexte.

    Non pas que je trouve le propos désagréable -bien au contraire, ayant travaillé sur le thème des noirs argentins, il me semble que ton témoignage est très intéressant. N’étant pas photographe professionnel, je suis par ailleurs content que mes photos puissent parfois venir illustrer des débats.

    Mais en l’occurrence, la personne qui figure sur cette photo n’apprécierait pas que son visage soit utilisé pour illustrer et pourrait venir me le reprocher. Il n’a, de toute manière, rien à faire là, puisqu’il ne correspond pas au portrait qui y est dressé.

    Merci pour votre compréhension. Amitiés, Igor Gauquelin

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  7. Bonjour , je reviens d’Argentine (Buenos Aires et Iguazu) – séjour d’avril 2016 – où je suis allée avec un peu d’appréhension, pour avoir lu plusieurs articles, dont celui-là, sur le « racisme » en Argentine. Je voudrais tout simplement laisser mon témoignage en tant que femme noire et rassurer toutes celles qui souhaiteraient y aller. En effet, je n’ai pas rencontré de problème particulier, que je me promène seule, ou à 2 (homme noir – femme noire). Peut-être 1 ou 2 regards appuyés lorsque je me promenais seule, et plutôt des compliments, voire des sollicitations explicites lorsqu’il m’est arrivée de rentrer très tard à pied. Donc rien d’anormal…. En revanche, j’ai croisé un couple mixte (homme noir et femme blanche), qui semblait attirer davantage les regards, car il faut bien l’admettre, il est rarissime de voir des couples mixtes noir-blanc en Argentine. Sinon, j’ai croisé quelques hommes noirs à BA (essentiellement des africains et des cubains), et aussi quelques femmes noires, moins nombreuses ou/et moins visibles : A chaque fois, échange spontané de sourire et de « hola »…. forcément !!!

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